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La grâce de la maternité

Natuzza Evolo (1924-2009) - 3e partie

Stella Maris affectionne la grande figure de Natuzza Evolo. Dès avril 2003, le fondateur, André Castella, lui consacrait un article élogieux. En mai 2003, Marino Parodi revenait sur le sujet. En janvier 2010, Christian Parmantier commentait le départ vers le ciel de cette âme décédée à l’aube de la Toussaint 2009. Ici même j’ai proposé deux articles: «Portrait et biographie» et «Profil spirituel et mystique», respectivement en janvier (SM608) et octobre (SM616) 2023. Voici une troisième et dernière approche.

La présente méditation s’appuie sur le livre de Roberto Italo Zanini: Natuzza Evolo come Bibbia per i semplici (disponible uniquement en italien, San Paolo, 2013).
Les chiffres mis entre parenthèses se rapportent à la pagination de ce livre. Les éditions du Parvis nous proposent aussi l’essai plus étoffé de Luciano Regolo: Natuzza Evolo – Le miracle d’une vie; je l’ai lu en entier; c’est une œuvre de valeur qui brille d’abord par la qualité des sentiments de l’auteur, en pleine phase surnaturelle avec son héroïne. Mais on est aussi impressionné par le souci de donner au lecteur une abondance de faits et de preuves qui le rassurent pleinement.
Je n’ai pas connu personnellement Natuzza, je ne suis jamais allé à Paravati mais j’ai souvent entendu parler d’elle en Italie. Lello m’a raconté comment il avait été emmené de force à Paravati. Dans la salle d’attente et par trois fois on avait prononcé son nom à haute voix. On ne sait comment on pouvait savoir qu’il était là. Il a fait le mauvais garçon, refusant de se rendre aux deux premières sommations. Mais la troisième fois il a fini par se déplacer. Les deux amis de Dieu se sont reconnus. L’échange a été excellent. J’en suis très heureux car je crois que ces deux analphabètes ont des points communs. N’oublions pas que Lello a fondé Mariotto, lieu d’accueil pour les jeunes victimes de dépendance.

Un accueil chaleureux

Avant tout il nous faut comprendre le charisme particulier de Paravati. Zanini le fait en commentant la statue de Michele Semoner. Il insiste sur l’aspect ouvert, cordial, chaleureux d’un Jésus au visage lumineux. Ses bras grands ouverts font signe d’entrer.
En 2002, le Sauveur annonce les couleurs en termes positifs: «Si vous voulez bien de moi, je vous apporte la paix, l’amour, le réconfort. Ce n’est pas vous qui venez à moi, mais c’est moi qui suis à votre recherche, parce que tel est votre salut. Je ne veux pas vous perdre…» (13).
Or Natuzza est un prolongement de Jésus, son haut-parleur en quelque sorte.

Un chemin de conversion

Sans ménagement, le Christ appelle à la conversion, associant douceur et fermeté. Il gronde même sa messagère qu’il juge trop bonne:
«Fais mettre par écrit mes paroles, ne te fais pas de scrupule. Je me sers de paroles simples que tous puissent comprendre… Mon cœur est meurtri et je ne veux pas que les hommes se perdent, ils doivent se sauver avec nous.»
La servante du Seigneur doit parler fort pour se faire entendre, parler simplement pour se faire comprendre et elle doit faire rédiger ces mêmes paroles, afin qu’on puisse les relire et les réécouter (98).
Natuzza doit pratiquer ce que saint Jean Chrysostome appelait la «parrhesia», la capacité de tout dire, que ce soit ou non en phase avec les idées du monde.
Malgré cette forte directivité, nous voyons que, dans les révélations faites à Natuzza comme dans celles faites à Gabrielle Bossi­s, Jésus emprunte les traits du Mendiant si cher à la petite Thérèse. Malgré cette réserve, nous voyons que Jésus «craque» devant sa servante et qu’il obtient par elle de nombreux retours de gens mal intentionnés. De même, la Madone sait que sait que beaucoup de prêtres et mêmes de fidèles vont trouver cette mère de famille avec des intentions torves. Ils viennent à elle avec défiance, par prévention, pour de simples motifs d’étude, par curiosité, parfois même avec un manque de respect. Mais la Sainte Vierge a toujours dit à Natuzza qu’à la seconde ou à la troisième visite, ils se convertiraient (112).
La mission de Natuzza est également catéchétique. Elle rappelle les exigences de l’Evangile à différentes catégories de personnes. Je me limiterai ici à ses interlocuteurs préférés: la famille, les couples et les fiancés et, par-dessus tout, les jeunes.

Pédagogie familiale

La place manque ici pour parler des prêtres. Notons seulement que, grâce à son charisme maternel, elle en a sauvé des quantités.
Natuzza reçoit de Jésus toutes sortes de recommandations concernant les couples. L’amour physique est une chose bonne, voulue par Dieu, mais à condition de ne jamais le séparer de l’amour spirituel qui exclut le péché. La fidélité conjugale définitive est un impératif incontournable.
Jésus, par la bouche de Natuzza, multiplie les enseignements sur la famille. Elle doit être stable, obéissante aux Commandements, détachée du culte des biens matériels, entièrement basée sur l’amour. Le Christ se montre sévère pour le travail de la femme. Dans un contexte différent de celui de la Calabre, il nous est difficile de remettre sur le tapis une problématique jugée dépassée par des habitudes adhésives comme une seconde nature. Mais ce qui est devenu la culture générale n’est pas forcément normatif pour qui désire entrer intégralement dans le Vouloir divin.
Le Seigneur veut que les parents soient très présents auprès de leurs enfants. Ceux-ci doivent être élevés dans la lumière et la vérité. Ceci est impossible sans l’assiduité, sans la proximité de papa et surtout de maman. Il faudrait un dialogue permanent, générateur de confiance. On rejoint ici le conseil de la Gospa à Medjugorje: les parents doivent passer beaucoup de temps avec leurs enfants. Jésus déplore aussi que, trop souvent, les enfants soient encouragés à un orgueil qui fait plier les autres et permet de sauver ses intérêts. C’est au détriment de la charité qui devrait prévaloir partout et en tout.

Les jeunes

La décadence de la société est due en partie à la démission des parents. Selon notre prophétesse, ils sont les grands responsables de la dégradation de leurs enfants. C’est pourquoi, les chouchous de Natuzza ce sont les jeunes. Elle a un charisme particulier d’accueil à leur égard.
Sa spécialité, pourrait-on dire, c’est la guérison des paumés, des «déjantés», des drogués, des déglingués. Elle a pour eux une tendresse particulière. Elle exerce à leur égard le charisme de maternité spirituelle que Dieu lui a donné, mêlant  gentillesse et assurance. Le résultat est étonnant. Beaucoup de conversions s’ensuivent.

Les cénacles

Dès 1994, Marie demande la création de cénacles de prière (150 et 173). Elle voudrait qu’on les multiplie, qu’ils deviennent presque aussi nombreux que les familles. Comprenons bien qu’il ne s’agit pas d’une institution dévotionnelle de plus. Le cénacle est une école évangélique. On y apprend à mêler prière et vie concrète. On y fait l’expérience de la fraternité surnaturelle. Quand on a prié ensemble, les rapports avec les autres sont transfigurés. On le constate, en premier lieu, dans les familles où les rapports parents-enfants et frères-sœurs changent à tel point que le diable ne peut plus détériorer les liens entre les personnes.

Chaleur maternelle

Mais la loi de l’Incarnation veut que les Idées divines prennent parfois corps dans des réalisations en dur et c’est le cas à Paravati. Marie voulait explicitement une église pour accueillir les milliers de personnes qui affluent sur les lieux. Le rêve dicté par la Sainte Vierge est maintenant une réalité visible par tous, souvent visitée par des évêques ou des cardinaux.
L’église, capable d’accueillir trois à cinq mille personnes, répond à une intention de Marie. Cette dernière était apparue à Natuzza en lui disant: «Je suis la Maman du monde, je suis le Cœur immaculé, Refuge des âmes.» Ici, tout y est symbolique. Le sanctuaire a pris la forme d’un grand cœur ouvert, celui de la Madone, Refuge de toutes les âmes. La statue de Moroder représente la mère des vivants dans la pose d’une maman qui se penche vers son enfant; «c’est que la Vierge, dans ce sanctuaire qui est la maison de Dieu et celle des hommes, est leur Maman qui les accueille» (Regolo, 380).
On remarque l’importance du thème de la Maison, lieu de l’accueil maternel chaleureux, refuge des hommes accablés des détresses sans nombre.
L’homme unidimensionnel est perdu dans un monde anonyme, sans cœur et sans visage. Il trouve ici une demeure cordiale où il cesse d’être un numéro. Et, réconforté par cette expérience, il est invité à devenir lui-même promoteur de fraternités brûlantes de charité.
On ne peut pas passer toute sa vie dans une église. Ici, comme à Pompéi, comme à Collevalenza, comme à Nostra Signora dello Scoglio, le génie italien a prévu un complexe entier de structures et de bâtiments. Ainsi est née la Ville ou la Citadelle de la Joie avec ses structures d’accueil pour jeunes et vieux.
On notera que ces réalisations architecturales sont annonciatrices d’un monde nouveau. Selon une vision politique et sociétale révolutionnaire, le profit cessera d’être le moteur du monde et cédera la place à la puissance de l’amour. 

Lire un charisme

Me voici au bout de ma méditation. Il y a vingt ans, les revues me faisaient connaître Natuzza. Je pensais qu’elle était une personne sainte et authentique. Le Ciel semblait en faire une «femme spectacle». J’étais un peu désarçonné par le look de la personne. Ce style ostentatoire m’étonnait. Cette «mère popote» me dérangeait un peu. Les clichés sanguinolents ne m’attiraient guère. Je me souviens d’une photo sur laquelle une femme sinistre et corpulente avait des mains qui ressemblaient à des pattes de crapaud. Tout cela me semblait un peu indécent et morbide.
Mais le temps a passé. Lello m’a fait connaître sa petite patrie voisine de Naples. J’ai appris à connaître la Campanie et la Calabre illuminées par la sainteté de saint Bruno, de saint Alphonse de Liguori, de saint Bartolo Longo. J’ai constaté que deux compatriotes, saint Thomas d’Aquin et saint François de Paule, intervenaient dans la vie de Natuzza, spécialement quand elle était dans la purée. J’ai compris qu’elle était imprégnée de la haute et excellente tradition mystique du Mezzogiorno. Bien des préjugés sont ainsi tombés.
Je profite de l’occasion pour tâcher d’éclairer un problème sérieux. Comment nous, la famille Stella, pouvons-nous tirer un profit substantiel de la connaissance des mystiques sans être des voyeuristes ou des gourmets spirituels? Comment apprendre «à lire un charisme»?
Il me semble qu’il ne faut pas avoir peur de recourir aux gros livres qui fournissent une documentation consistante. Ils ont aussi l’avantage de nous mettre, des semaines durant, en contact vivant avec les élus du Seigneur.
Ensuite, nous devons travailler avec l’Esprit Saint. A force de prière et de réflexion, nous comprenons que les grands spirituels sont des chefs-d’œuvre de l’Artiste divin. Avec eux, nous entrons dans la véritable esthétique chrétienne. Le don de la Sagesse nous fait pénétrer dans les secrets de la divine cohérence. Nous comprenons que, dans la vie d’un saint, tout entre en composition: le patrimoine génétique, la configuration familiale, l’environnement social, la géographie, les vicissitudes historiques toujours déconcertantes. Cette leçon est extrêmement précieuse. Nous pouvons l’appliquer à nous-mêmes et à tout être humain.
Natuzza est une enfant malheureuse et abandonnée, un déchet. Selon la raison, cette gamine de onze ans, jetée dans la rue avec deux petits frères bâtards, est vraiment très mal partie. Et pourtant, cette paumée, définitivement blessée à mort, fait une expérience irremplaçable. Appelée à s’occuper des rejetés, elle saisit par l’intérieur leur mentalité et elle comprend que le remède est d’ordre maternel.
Elle rêve d’être bonne sœur. Et bien non! L’ordre divin est formel. Elle doit se marier pour savoir ce qu’est une maman.
Le gigantesque charisme marial de Paravati est donc fondé sur des préalables anthropologiques et surnaturels d’une extrême profondeur.

Modernité

Natuzza nous apparaît comme un sourire du Ciel, comme un cadeau de Jésus et de Marie qui nous disent à travers la servante bien-aimée: nous ne vous oublions pas! Nous avions besoin de l’entendre. Nous sommes dans une patouille pas possible. La modernité qui brille par tant d’admirables prouesses techniques, multiplie aussi les problématiques de façon effrayante. Notre société sans Dieu fabrique des anormaux en série à tel point que les personnes saines apparaissent aujourd’hui comme des êtres insolites. Dans cette conjoncture, les «laissés pour compte» sont innombrables. Ils forment une population de jeunes non structurés, abouliques, dépendants, dégénérés incapables de rester dans un emploi fixe, inaptes à devenir des époux sérieux. Les nations (en Europe du moins) sont incapables de leur présenter un idéal élevé, parce que les vertus basiques ont été laminées par les sociétés secrètes. Une remontée exigerait la reconstruction de l’individu en son entier. C’est une œuvre qui dépasse intrinsèquement les forces humaines; les bras nous en tombent! Mais la foi chrétienne nous apporte ici une lumière décisive. Oui, nous sommes foutus; le mal est humainement sans remède. Nous sommes obligés d’adhérer au dogme, si obscur, si injuste en apparence, du péché originel. Donc nous ne pourrons pas nous en tirer sans un Sauveur. Ce Sauveur est Jésus, Jésus seul, avec Marie, cette Créature unique.
Le Christ agit par des intermédiaires. Malgré les apparences il est au cœur du monde, au cœur de l’histoire. Il ne cesse d’envoyer des «sauveurs par procuration», de petits ou des grands prophètes comme Mère Teresa, Sœur Elvira ou Lello, ces spécialistes des pauvres matériels ou spirituels. Parmi ceux-là, nous avons la figure plus qu’extraordinaire de Natuzza Evolo.
Père Marc Flichy

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