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Frère Elie et la montée au Calvaire

Pâques 2017
 

Le Mercredi des Cendres marque, dans la tradition chrétienne, le début du carême, le temps de la préparation à Pâques. C’est précisément ce jour-là que commence la passion de Frère Elie que nous suivons chaque année avec appréhension.

Mercredi 8 mars 2017

Apparemment rien n’a changé, seulement la voix de Frère Elie qui est plus grave. De temps en temps, je l’entends chantonner, même si je lui parle d’engagements et de choses sérieuses. Je lui parle et il chantonne. Il me semble qu’il ne veut rien entendre. Je sais qu’il a cessé de manger et qu’il continue de travailler comme toujours. Ce matin, il m’a raconté percevoir comme des flash sur les murs. «Qui sait ce qu’ils veulent me dire?» a-t-il ajouté.
Quelques heures plus tard, je l’ai appelé pour pouvoir continuer le travail de secrétariat que j’emporte à la maison. Il m’a paru serein et malgré sa voix grave, m’a répondu avec joie.

Lundi 13 mars 2017
Dans un mois commenceront les trois jours de la Passion. Le soir du mercredi 12 avril, il commencera à saigner. Nous en avons parlé ce matin. Son corps s’allège, il se sent comme un sac vide. Il m’explique qu’il se trouve dans cette période qui s’écoule entre son monde habituel et la Passion, c’est à dire vide. Mais il ne se lamente pas.
Dans les dix premiers jours du Carême, il a eu des douleurs en tout genre, comme si son corps voulait se rebeller devant le grand changement qui l’attend. Maintenant, il n’a plus aucune douleurs ni nausée, parce que l’adaptation est quasi terminée. Il n’a plus faim et il peut rester sans manger: L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de la Parole de Dieu. Peut-être suit-il Jésus dans le désert.

Samedi 18 mars
Ce soir, je l’ai trouvé brisé. Une voix caverneuse me disait qu’il était très fatigué, affecté par un très fort mal de tête. Il répondait péniblement, presque contraint, à mes questions: «J’ai l’impression que mon corps est en train de disparaître. Je m’aide avec l’eau de riz. Je fais bouillir longtemps une poignée de riz jusqu’à ce que trop cuit il relâche son amidon et je bois ça. Mais hélas, ça ne résout rien. – Que dit le médecin? (Je le harcèle). – Que veux-tu qu’il me dise? Il me prescrit des compresses, mais elles ne me font rien. Tu n’as pas encore compris qu’ici le Seigneur dirige tout? – Pourquoi n’essaies-tu pas de te reposer un peu? – Non, je reste debout tant que je peux.»

Jeudi 23 mars 2017
Cette nuit a été un cauchemar pour tous, sauf pour moi qui ait dormi profondément comme jamais. Soleil, le cheval, mangeait et piaffait, effrayé, les chiens glapissaient en un longue lamentation et les perroquets, les paons et les oiseaux agités s’enfuyaient de branche en branche en émettant de forts battements inhabituels. Les chats grattaient la porte sous nos fenêtres. Ces signaux firent penser à la fraternité que l’Ennemi était arrivé et tous restèrent en alerte, à part moi. Sœur Maria dormait dans la chambre en face de la mienne; elle entendait aussi de fort coup sur le toit et pensa à l’imminent danger. Elle sortit dans le corridor et regarda autour d’elle. Silence absolu. Frère Elie, dans sa chambre, comprit. Puis il entendit des plaintes humaines et alors il voulut accourir pour aider la personne qui souffrait. Mais cette fois il réussit à se retenir et resta dans sa chambre à prier.
Pendant ce temps, dans la chambre de Frère Elie, il y avait une succession d’âmes qui n’avait pas encore trouvé le chemin de la lumière. «Qui vous a envoyé chez moi? – «Personne, c’est nous qui avons vu une lumière qui nous attirait…»
Un vieux politicien, décédé depuis quelques jours avait besoin de savoir (Frère Elie l’a décrit très clairement) et il lui raconta certaines de ses erreurs; un Rom craignait de ne pas être pardonné; une femme effrayée, morte à 49 ans et tant d’autres qui ne savaient pas où aller. Ils les aida en leur expliquant et en priant avec eux jusqu’à l’arrivée des anges qui, en un éclair, les emportèrent.
Le récit le plus beau, c’est l’arrivée d’enfants petits ou plus âgés, vêtus d’une manière différente de la nôtre. Ils avaient de petites chaussures brodées et ils étaient nombreux. «Que voulez-vous de moi?» leur demanda Frère Elie souriant. Ils ne savaient pas qu’ils étaient dans une autre dimension mais ne semblaient pas apeurés. Ils se tenaient tous par la main en une longue file. Arrivèrent les anges et, en un clin d’œil, ils les conduisirent dans la lumière.
Dans la matinée, Rose nous téléphone d’Australie. Elle est la référente pour Frère Elie et elle organise un voyage de Frère Elie dans sa ville, bien sûr avec l’autorisation de son évêque. Comme toutes les années, il lui arrive des choses étranges, catastrophes à la cuisine, perte du portefeuille avec tous les documents, et bien d’autres obstacles qui entravent son travail pour Frère Elie. Ces choses nous arrivent à nous aussi. Mais nous savons que le bien triomphe toujours. Mon amie Rose m’a aussi dit qu’en cette période Frère Elie préférait rester solitaire au couvent (en fait, aucun de nous ne le dérange) mais lui va et vient du ciel et il nous voit d’en-haut, même Rose en Australie. Dieu soit loué!

L’après midi
Aujourd’hui Frère Elie semble nerveux, il regarde souvent les alentours, comme s’il devait contrôler quelqu’un. Les années passées, il se comportait aussi de la même manière, quand il sentait l’habituelle présence infernale. «Il est là, il est là!» s’exclamait-il. Il semble usé et vide en son corps. Je lui ai fait une caresse sur la main et j’ai senti que sa peau était transparente et lisse comme un bambin. Lui, il a touché la mienne et il a dit qu’elle était rêche. Au contraire, mes mains ne sont pas rugueuses, il me semble avoir la peau lisse et douce.
Chaque jour Frère Elie s’assoit à table avec nous en silence, tandis que nous prenons notre repas. Pendant qu’on débarrasse, il veut laver les plats. Il le fait pour ne pas penser. Nous avons découvert que souvent il va travailler avec les volontaires sans nous prévenir, probablement pour fuir le Malin qui le persécute. Maintenant, il pourrait être en tête à tête avec son ennemi qui voudrait le tenter… c’est la période!

Vers 18 heures
Je vois Frère Elie se promener tranquillement avec Don Marco, là où les ouvriers terminent la journée. Il m’appelle: «Viens que je te fasse voir les derniers travaux.» Je le rejoins et je remarque que ses oreilles, ses mains et ses pieds, bien qu’ils soient couverts de la poussière du chantier, sont trop pâles et je pense à la grande quantité de sels minéraux et d’autres éléments qu’il perd chaque jour.
Frère Elie dit à Don Marco: «Vous me voyez agité, mais je ne suis pas nerveux. Il est encore en train de flâner dans le couvent et j’ai peur. L’esprit court toujours à ce qui m’arrivera…»
D’un trait, il lève les yeux au ciel et prend une photo avec son portable et puis tout de suite des autres. Il nous les montre et ce que nous voyons nous exalte. Nous reconnaissons nettement une silhouette de lumière qui représente une femme les mains jointes, avec un manteau. «Elle est venue et il y a aussi les anges…» s’exclame Frère Elie. Et il continue de faire des photos qu’il nous montre tout de suite. Les anges. Au fur et à mesure, le ciel s’assombrit, les quelques nuages s’en vont sauf une grande forme brillante en demi-lune qui en réalité montre un ange en prière avec la tête inclinée et les mains jointes.
«Maintenant, la peur est passée. La Madone est là et je sais qu’elle me protège.»
Rentré à la maison, Frère Elie allume de l’encens, le met dans l’encensoir et encense tout l’extérieur du couvent.

Vendredi 24 mars 2017
Nos prenons le petit déjeuner et Frère Elie est avec nous. Son visage est serein et souriant. «Vous avez encore entendu les bruits des animaux? – Non, Frère Elie, un grand silence.» Et aussitôt il commence à nous raconter:
«Cette nuit est venue… mais je ne l’avais pas reconnue. J’ai vu une immense lumière, tandis qu’une voix prononçait mon nom… “Elie, Elie, tu ne dois pas te préoccuper, je suis là avec toi. Je suis là qui veille sur toi. N’aie pas peur. Vis serein jour après jour. Viens, viens.” Elle me tendit les mains et je me suis exclamé: “Madone!” et je les lui embrassais. Elles étaient fraiches et délicates. “Oui, c’est moi” me dit-elle doucement – c’est alors que j’ai vu son très beau visage, jeune, avec les cheveux longs. “Oui”, interrompit Don Marco, demain c’est le jour de l’Annonciation et elle était très jeune.»
Frère Elie reprit: «Nous préparons de belles choses pour toi, mais tu dois aller de l’avant tranquillement, tu finiras ton œuvre et ensuite, nous déciderons, nous, comment tu devras opérer. Ici, dehors, il y a tant d’âmes, mais elles n’entrent pas, parce qu’elles savent que je suis là. Maintenant tu peux les faire entrer.» De nombreuses personnes envahirent la chambre et en dehors. La Madone ouvrit les bras comme si elle voulait tous les embrasser. Elle les enveloppa de sa lumière et “whuuum» elle les emporta avec elle en un éclair.»

Lundi 27 mars 2017
Ce matin Frère Elie est descendu légèrement en retard. Son visage montrait les symptômes d’une nuit tourmentée. Nous étions tous préoccupés, aussi parce que don Marco nous dit que cette nuit il avait entendu un bruit sourd en provenance de la chambre de Frère Elie et je me souvenais qu’hier, Frère Elie laissa échapper que le maléfique n’était pas encore parti. Dans sa chambre, il avait entendu un long sifflement de serpent et il s’était aussitôt échappé. Parfois le malin prend la forme d’un gros serpent et il fait ça pour l’effrayer. Ce matin, il ne parvenait pas à parler, il se tenait le bras et se massait les doigts de la main gauche. A notre demande, il répondit avoir de grandes douleurs dans tout le corps. Il respirait péniblement. Samedi, il a reçu les pèlerins comme chaque fin de mois sans se reposer une minute. Il ne se ménage en aucune occasion, il semble qu’il veut ainsi se fatiguer beaucoup pour réussir à dormir. Au contraire, souvent ses nuits sont terribles, comme cette dernière… quand, le matin, il ouvre les yeux, il se rend compte qu’il pleurait.

Vendredi 7 avril 2017
Aujourd’hui, qui sait pourquoi je suis très agitée. Je travaille à l’ordinateur avec sœur Maria, mais ma tête est ailleurs. Je lui demande des nouvelles de Frère Elie et elle me répond qu’il souffre beaucoup, mais qu’il ne dit rien et ne se lamente à personne. Au couvent, ils sont en alerte, parce que la période des assauts démoniaques approche…

Samedi 8 avril 2017
C’est arrivé! Peu après les huit heures, un bip me fait courir vers le téléphone avec le cœur battant. La faible voix de Frère Elie me rejoint prononçant mon nom: «Fio…». Je comprends et réponds: «Où est-ce qu’il a réussi à te prendre?» Frère Elie me répond: «J’allais aller au lit, mais avant, je suis sorti un instant pour faire une visite aux chiens. Je n’avais pas encore ouvert la porte que je me suis senti saisi brutalement, secoué avec furie, jusqu’à ce que je ne comprenne plus rien. Je suis resté toute la nuit sous une poutre qui était contre le mur et je suis congelé. Je crois avoir aussi un bras démis». Sa voix est lente et forcée, mais Frère Elie sait que je dois écrire l’article pour témoigner de ces mystères auxquels encore beaucoup de gens ne croient pas. Je pense avec amertume qu’ils devraient vivre un peu de temps avec lui pour changer d’idée! Je me reprends: «Et les autres, où étaient-ils?» Ils auront probablement pensé que j’étais dans ma chambre et ils ont fait de même. - «Qui t’a trouvé?» «Personne, je me suis réveillé à la sonnerie du téléphone. Peu à peu, je l’ai tiré de la poche et j’ai répondu. C’était ma sœur qui m’informait qu’elle prenait le train pour Calvi. Ça va bien, lui-ai-je répondu, je ne voulais pas lui faire peur. Puis, en rampant, je me suis glissé par un passage de la poutre mal appuyée contre moi… Que devais-je faire?» La résignation de Frère Elie à toujours subir ces vexations me serre le cœur et je n’ajoute aucune parole inutile pour le consoler. «Puis j’ai vu Frère Sergio arriver et je lui ai demandé de m’aider à monter dans ma chambre et de ne rien dire à personne pour ne pas les alarmer…» «Et maintenant, que fais-tu? Tu ne vas pas redescendre tout de suite?» – Non, ils sont en train de prendre le petit déjeuner…»

A suivre
«Angeli & arcangeli»
n° 30, p. 8-13