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Catalogue de Noël

Natuza Evolo

 Le miracle d’une vie

«Natuzza Evolo, il miracolo di una vita», c’est le titre bouleversant et passionnant d’un livre de Luciano Regolo, paru une année après la mort de Natuzza Evolo, cette mystique italienne décédée en 2009. Cette biographie est devenu un bestseller en Italie. Elle vient de paraître en français au Parvis sous le titre: «Natuzza Evolo, le miracle d’une vie».
Une âme mystique aux charismes aussi multiples qu’extraor­dinaires!

Fortunata (Natuzza) Evolo est née à Paravati, dans la province de Vibo Valentia (Calabre), dans une famille monoparentale pauvre le 23 août 1924. Placée comme domestique dans une famille aisée, elle est gratifiée de phénomènes mystiques que beaucoup prendont au début pour de l’hystérie… Elle pensait entrer dans la vie religieuse, mais la Vierge Marie l’invita à vivre et à partager les grâces de ses charismes dans le cadre d’une famille. A 20 ans, elle épouse donc un menuisier du village, Nocolace Pasquale, avec qui elle a cinq enfants.
Natuzza est gratifiée d’importants charismes: extases, apparitions de la Vierge Marie et de Jésus, mais aussi de saints, dons de connaissance et de conseil, amitié avec son ange gardien qui lui soufflait les réponses à donner aux visiteurs, attaques du Malin, don de bilocation, hémographies, intercession pour les défunts qui venaient implorer sa prière, participation aux souffrances du Christ à travers les stigmates et les signes de la Passion, mais aussi joie de l’esprit et parfums… Elle a surtout un immense amour de Dieu qui se déversait sur sa famille et son prochain: «Toute la joie que je ressens d’aimer le Seigneur, je voudrais la transmettre à tout le monde.»
Toute sa vie, Natuzza, outre ses douleurs physiques, s’est donnée à Dieu en ouvrant sa porte pour écouter et consoler des milliers de visiteurs, la plupart portant un lourd fardeau. Pleine de compassion, elle les assurait de sa prière et de son offrande à leurs intentions, en leur recommandant de chercher à faire la volonté de Dieu, de prier et d’offrir des messes pour les âmes du purgatoire. Beaucoup se sont ouverts à la conversion et à la prière, trouvant réponses à leurs problèmes de cœur et d’esprit. Elle est ainsi devenu la Mamma spirituelle pour nombre d’entre eux.
En 1994, de Paravati, des groupes de prières se sont constitués dans le monde entier. Le 22 février 1999, Mgr Cortese, évêque de Mileto, a approuvé les statuts canoniques des «Cénacles du Cœur Immaculé de Marie, Refuge des pécheurs».
Natuzza est morte le 1er novembre 2009, en la fête de la Toussaint, à l’âge de 85 ans. Lors de la messe du cinquième anniversaire de son retour à Dieu, devant la nouvelle église dédiée au «Cœur Immaculé de Marie, Refuge des âmes», l’évêque de Mileto, Mgr Renzo Luigi lançait le processus vers la canonisation.
A travers les nombreux témoignages recueillis par l’auteur, Natuzza nous est rendue si vivante et présente que la miséricorde du Seigneur continue de s’écouler sur l’âme du lecteur, pour sa plus grande joie et édification.
Voici le témoignage de Mela Fiatà d’Amato, une des filles spirituelles de Natuzz,a où transparaît son amour pour Jésus et son prochain:
«Je venais de perdre mon mari qui avait eu une tumeur et j’étais bouleversée. Jusqu’à ce tragique événement, les biens matériels me rendaient sûre de moi. Mon mari était médecin et nous avions une position sociale bien “en vue”, une grande et belle maison et deux adorables petites filles, Nadia et Maria. Nous faisions des fêtes et organisions des événements mondains et c’était notre aisance matérielle qui nous procurait tout cela. Certainement que, si je n’avais pas rencontré Natuzza, j’aurais été une femme perdue. Grâce à elle au contraire d’autres certitudes ont vu le jour en moi, et j’ai pris un autre chemin, plus sain pour moi et mes filles. Peu après le décès de mon mari, j’avais l’impression de n’être plus rien et je n’avais même plus envie de mettre le nez dehors. J’étais là, durant des mois, dans le vide. Un soir, par hasard, une amie était venue chez moi, c’était Angela Ventura. Elle aussi était veuve depuis peu, à la suite d’un terrible accident. Elle me lança une veste et me dit: “Viens avec moi.” C’est elle qui m’a emmenée chez Natuzza, parce que auparavant je n’avais jamais ressenti ce besoin, puisque tout ce qui était d’ordre matériel me rassurait et me comblait entièrement… Dès que nous sommes arrivées chez Natuzza, elle m’a embrassée, en me serrant dans ses bras pendant un long moment. Moi, je pleurais, et elle me caressait sans rien dire. Puis tout à coup elle s’exclama: “Malheur à l’homme qui met sa confiance dans un autre homme et non pas en Dieu. Pour toi ton mari était Dieu, ce n’est pas sa faute s’il est mort jeune, et pour toi tout s’écroule, et maintes personnes te tournent le dos. Mais Dieu, lui, ne nous abandonne jamais.” Ce sont ces mots qui ont ouvert une brèche en moi et peu à peu je me suis détachée de tout ce qui était matériel et qui, auparavant, était le fondement de mon bien-être et de mes certitudes. Depuis ce jour c’est comme si je ne m’étais jamais éloignée de la maison de Natuzza. J’étais encore jeune et jolie, j’avais un patrimoine important à gérer, et pourtant je n’ai jamais ressenti l’envie de me remarier, d’avoir un compagnon auprès de moi ou pire, de me distraire en ayant des aventures. Au début, j’étais terrorisée à l’idée d’introduire chez moi quelqu’un qui, en vérité, aurait été seulement attiré par mon aisance financière et par mon statut social. Puis, grâce au chemin que j’ai parcouru avec Natuzza, je me suis sentie intérieurement sereine, elle me faisait découvrir la joie et la sérénité ailleurs, je ne me sentais plus impliquée par tout ce qui était matériel et mes filles étaient le centre de ma vie. Pourtant mes beaux-frères me présentaient d’excellents “partis”, des hommes sérieux, en qui je pouvais avoir confiance. Mais je ne voulais pas en entendre parler et, à chaque fois, je courais chez Natuzza. Je la voyais déjà sur le pas de la porte et elle riait: “Mela, ils ne te plaisent pas, dis-moi?”
Ensuite ce fut une période où ceux que j’aime ont eu des maladies terribles. Un de mes beaux-frères avait une tumeur, et Natuzza m’avait envoyée avec lui à Paris, en me disant que c’était bien que je l’accompagne, parce que c’était trop difficile pour sa femme. Le diagnostic était tombé: c’était un cancer des poumons et je l’ai accompagné et suivi pendant de longs mois. Puis Natuzza m’a appelée: “Maintenant, tu dois rentrer, parce que ta sœur Maria a besoin de toi” et moi j’ai dit: “Elle ne peut pas venir ici, comme ça je pourrais les suivre tous les deux ici?” Mais elle: “Non, Maria doit aller à Bologne.” Je suis rentrée et je suis allée chez ma sœur qui avait une tumeur du sein qui s’est ensuite étendue au niveau osseux. Pendant toute sa maladie, Natuzza était avec nous. Comme Maria s’était séparée de son mari, on se retrouvait souvent toutes les trois, car Natuzza voulait nous soutenir et chaque fois que ma sœur disait aller faire une radio, Natuzza rétorquait: “Je vais venir aussi.” Puis quand elle voulait aller chez son ophtalmologiste, le Dr  Calogero, c’est moi qui l’y amenais, et son mari était présent aussi. Et, après les visites, elle proposait régulièrement: “Pasquale, nous allons aller voir Maria?” et on allait à Piscopio chez ma sœur. Le 17 mai 1995, deux jours avant le décès de Maria, elle nous avait dit qu’une visite s’imposait: “Nous devons aller à Piscopio.” Ma sœur allait très mal, les tumeurs osseuses provocant de terribles douleurs. On l’avait installée au rez-de-chaussée de la maison, pour pouvoir la soigner et l’accompagner plus facilement. La veille, j’avais pu me reposer un peu plus car mon amie Felicetta, la femme de Marcello Colloca qui était avocat, était venue m’aider et elle s’était levée de nombreuses fois pour s’occuper de Maria lorsqu’elle en avait eu besoin. Et Natuzza m’avait fait remarquer: “Cette nuit, finalement, tu as pu dormir!” Durant la maladie de Maria, sa maison était tou­jours pleine de gens, il y avait beaucoup de jeunes, car ma sœur, une femme exceptionnelle n’ayant pas eu d’enfant, avait un feeling particulier avec les jeunes. Ce jour-là il y avait aussi ma fille, Nadia, qui était déjà mariée et avait un enfant de trois ans et demi, Giovanni. Alors devant tout le monde, Natuzza sortit une petite boîte, l’ouvrit et distribua à chacun une dragée rose. Tout le monde se mit à lui demander: “Est-ce qu’une petite fille va bientôt arriver?” Puis en juin, comme nous étions dans notre maison du Sila, et que nous y avions comme voisine Natuzza, nous avons dîné chez elle, et elle a dit à Nadia: “Il est temps de donner une petite sœur à Giovanni.” Et Nadia a répondu: “Justement j’ai du retard.” Alors, nous lui avons demandé: “Depuis quand?” Le jour coïncidait avec les dragées roses. Puis, le 12 juin 1996, ma petite-fille Elena naissait, et Natuzza en fut la marraine. Elle dit: “C’est une petite fille que je porterai toujours dans mon cœur.”
Natuzza disait qu’elle ne connaissait pas l’avenir mais, en fait, c’était par humilité et parce que parfois elle ne devait pas le révéler. Mais à cette occasion et en bien d’autres, j’avais eu la certitude qu’elle savait ce qui allait se passer. Même à l’occasion du décès de Maria, une heure avant Natuzza avait téléphoné à Piscopio et c’était Felicetta qui avait répondu, et lorsque je lui ai demandé avec qui elle avait parlé, elle m’avait répondu que c’était avec son mari Marcello. Et moi, je n’avais pas su que Natuzza avait téléphoné, et c’était son ange gardien qui l’avait avertie de ce qui allait arriver et elle avait voulu que je ne sois pas seule à ce moment-là, et elle avait essayé que le “passage” dans l’au-delà de Maria, se passe de la façon la plus calme possible. De fait, elle est morte dans son sommeil, elle avait un beau visage et une peau magnifique de la couleur d’une rose. Moi, j’étais faussement calme, je suis montée à l’étage prendre ses vêtements, et avec Felicetta nous avons habillé ma sœur. Déjà auparavant, Natuzza avait fait, en silence, un très grand geste d’amour pour Maria. Un matin, ma sœur, qui avait de fortes douleurs à cause de sa maladie qui rongeait ses os qui s’effritaient, m’avait dit: “C’est bizarre, cette nuit, pendant une demi-heure, je n’ai plus ressenti aucune douleur.” Et en parlant avec Anna Maria, la fille de Natuzza, j’ai découvert que cette même nuit, durant ce même laps de temps, sa mère avait hurlé à cause des douleurs qu’elle ressentait partout dans son corps. Elle avait demandé au Seigneur, de porter un peu les douleurs de Maria, à sa place. “Je ne l’avais jamais entendu hur­ler ainsi”, m’avait dit Anna Maria.

 

Avec son mari durant les années quatre-vingt

 

Pour en revenir à sa perception de l’avenir, parfois cela concernait des événements internationaux, mais elle n’en disait rien. Je me souviens que, durant l’été 1995, alors que nous étions dans le Sila, elle pleurait toujours, apparemment sans raison: “Mon Dieu, je vois tellement de violence. Prions, prions.” Elle n’arrivait même pas à retenir ses larmes, durant la récitation du Rosaire. Et, le soir, le journal télévisé parla d’un terrible carnage au Kosovo. Par ailleurs, je ne l’ai jamais entendu dire un seul mot négatif sur ceux qui se trompaient. Par exemple, en 2001, tout le monde fixait son atten­tion sur l’évêque exorciste Milingo, qui avait épousé une Coréenne Maria Sung et qui avait d’abord été suspendu a divinis, puis réduit à l’état laïc. Elle m’avait expliqué: “Tout ça, c’est l’œuvre du diable. La tentation est toujours un piège, même pour les âmes les plus belles.” Natuzza subissait des attaques continuelles du démon. Un jour, sous mes yeux, alors qu’elle faisait frire des poissons, l’un sauta de la poêle, de façon inexplicable, pour aller se coller sur un de ses poignets, et je n’ai pas réussi à le décoller, même en tirant dessus de toutes mes forces. C’était comme si une force mystérieuse le rete­nait. Le diable lui jouait continuellement de vilains tours, pour la faire souffrir parce qu’elle ne cédait pas à ses flatteries. Une autre fois, j’avais dû l’amener très vite chez l’orthopédiste, ici à Vibo Valentia, parce que le démon lui avait cassé un doigt de pied, en le tordant violemment.
Mais il m’arrivait souvent de constater la résistance physique de Natuzza, qui n’était vraiment pas commune pour un être humain. Par exemple, un jour, nous revenions de Catanzaro, avec elle et Pasquale, et nous nous étions arrêtés chez moi pour manger quelque chose. Elle avait voulu faire frire des pommes de terre sur le feu d’une gazinière économique, et son mari, alors que nous étions en train de préparer la table, me dit: “Regardez, regardez, comment elle les retourne.” Je me suis retournée, et j’ai vu Natuzza, l’air tranquille, mettre les mains dans l’huile bouillante, elle était en train de tourner et retourner les pommes de terre, comme si elle avait une grande fourchette. Natuzza s’était rendu compte qu’on la regardait et en plaisantant, elle a dit: “Qu’est-ce qu’il y a, faites ce que vous avez à faire, et préparez la table parce que Pasquale a faim.”
Elle essayait de réveiller, de mille manières, la foi des personnes qui étaient autour d’elle et elle les grondait si elles avaient de mauvais comportements, mais jamais de façon trop dure. La plupart du temps elle s’adressait à la personne de façon indirecte, en racontant l’histoire de quelqu’un qui s’était adressé à elle, et c’est comme ça qu’elle montrait le chemin à suivre, et chose importante, elle suggérait, elle mettait la puce à l’oreille. En 1992 par exemple, durant le Carême, le beau-frère de Nadia, Renato Giannini, qui s’était fait opérer d’une tumeur, eut subitement un infarctus. Il allait mourir s’il ne subissait une intervention à cœur ouvert d’urgence, à la clinique Gemelli, alors qu’une longue liste de patients attendaient d’y entrer pour la même raison. Natuzza me dit: “Appelle tout de suite le cardiologue Domenico Lombardi, à Rome, et dis-lui de trouver tout de suite un chirurgien, parce que autrement il va mourir, et en ce moment, ce serait une catastrophe, parce que d’autres problèmes vont te retomber dessus.” Et je compris tout de suite qu’elle me parlait des difficultés économiques que Renato avait justement en ce moment. Alors j’ai appelé Lombardi, qui m’a fait une fleur, en me proposant de choisir entre trois excellents chirurgiens pour ce type d’interventions. J’ai donné les trois noms à Natuzza, qui sans hésitation, m’a dit de choisir “Benedetto Marino”. J’ai téléphoné à nouveau à Lombardo qui m’a dit qu’“il était une star, et que s’il acceptait d’opérer Renato, ce serait dans une clinique privée et qu’il ne viendrait pas à moins de…”. J’ai lancé un chiffre que Renato ne pouvait absolument pas payer. J’ai téléphoné à Natuzza: “Que faisons nous? Nous n’avons pas cette somme, et il n’est pas dit que Marino veuille faire cette intervention…”. Natuzza, sans se décourager, m’a dit: “Va le voir toi-même, à Rome”, et moi: “Mais je ne le connais pas!” Malgré cette réponse, j’ai donc décidé d’y aller parce que, lorsqu’elle m’envoyait quelque part, il y avait toujours une bonne raison que je découvrais seulement plus tard. Et j’ai ajouté: “Bien, je vais lui apporter un livre qui parle de vous”, c’était celui où, pour la première fois, Marinelli avait parlé d’elle. “D’accord et écris-lui une dédicace.” Quand j’ai commencé à écrire, j’ai nettement entendu une voix qui me suggérait ce que je devais écrire, exactement comme un souf­fleur au théâtre; et j’ai plus ou moins recouvert la page de ces mots: “Que l’Esprit Saint vous donne toujours le calme nécessaire pour guider vos mains sur chacun de vos patients et qu’il vous libère de toute autre pensée pour le salut de votre âme.” Alors nous sommes partis le matin suivant en voiture avec Vincenzo et, cinq heures plus tard, nous sommes arrivés à la clinique Gemelli. J’ai demandé où se trouvait le bureau du professeur, j’ai frappé à la porte, et j’ai vu une secrétaire qui m’a dit: “Le professeur Marino n’est pas là.” Je lui ai expliqué que je voulais seulement lui laisser un livre: “Dites-lui que c’est de la part d’une amie calabraise.” Puis Vincenzo est allé chez son père, et moi chez une amie. Le soir j’ai appelé mon gendre qui m’a dit: “Marino est venu, demain il va opérer papa.” Il avait du signer une autorisation car l’intervention présentait de grands risques, et le chirurgien avait dit maintes fois: “Il pourrait mourir durant cette intervention.” Mais Renato est toujours en vie dix-sept ans après. Des chaînes de télévision de différents pays, même de Chine et d’Allemagne, ont demandé des informations sur cette prodigieuse guérison. Quand Renato est revenu en Calabre, parfaitement rétabli, Natuzza était heureuse comme le jour de la Résurrection de Pâques et quand une guérison était reconnue grâce à ses prières, elle était heureuse comme si elle avait fait une œuvre d’art. Je me rappelle qu’elle avait dit en dialecte à Vincenzo: “Dites à votre père que je peux mourir de tout, sauf du cœur.” Et elle m’avait confié un peu plus tard, qu’il n’avait pas pu partir tout de suite, parce que cela aurait été vraiment dommageable pour sa famille. Encore aujourd’hui Lombardi me demande: “Comment as-tu fait pour convaincre Marino d’opérer Renato?” Moi, je ne sais pas quoi dire, peut-être est-ce que c’est une bilocation de Natuzza. Le fait est que, en novembre, environ six mois après l’intervention, en sortant de chez Natuzza avec Mimmo, le mari de Angela Nicolace, qui me raccompagnait jusqu’à ma voiture, nous avons remarqué une voi­ture de luxe, où il y avait un homme qui stationnait juste là devant. Et Natuzza, étrangement, n’avait pas fermé sa porte, et cet homme en nous voyant traverser nous a dit: “Excusez-moi, savez-vous où se trouve la maison de Natuzza Evolo? Je suis Benedetto Marino.” Nous sommes retournés chez Natuzza avec lui et Natuzza était sur la pas de la porte pour l’accueillir: “Entrez, professeur, je vous attendais.” Ce qu’ils se sont dit durant cette soirée d’hiver, je ne le sais pas, mais il est clair que quelque chose a changé chez cet homme. Il a changé de mentalité et s’est converti. Lombardi, en entendant que Marino était venu à Paravati, nous dit interloqué: “Pourquoi ne m’avez-vous pas appelé?”
Natuzza réussissait toujours à avoir pour chacun une parole de réconfort, même quand il s’agissait de sujets éloignés de sa for­mation, dont on aurait pu penser qu’elle ne devait pas se mêler. Elle était très respectueuse et tolérante. Et je me souviens du jour où deux avocats homosexuels étaient venus chez elle. Il y en avait un qui était désespéré, parce que l’autre avait décidé de se marier et de changer de vie, mais il souffrait de devoir abandonner son ami. Lorsqu’ils sont partis, nous faisions des grimaces et des sourires, mais elle nous a repris en disant qu’on ne plaisante pas de la douleur d’autrui, car chacun vit ses souffrances avec beaucoup de sérieux. Natuzza, sur le pas de la porte, avait dit à l’avocat blessé dans ses sentiments: “Vous au moins, trouvez-vous une belle jeune fille et ayez confiance en Jésus.” Je n’en ai pas su plus sur eux.
Souvent, lorsqu’elle enseignait, elle nous racontait l’histoire de Cicco, un paysan de Paravati, qu’elle aimait beaucoup, parce que je crois qu’elle avait vu en lui une belle âme. Un soir, elle m’avait appelée d’urgence de même que Wanda Teti, une autre de ses filles spirituelles, et elle nous a dit: “J’ai besoin d’urgence de 600 000 lires, parce que, si un père de famille ne les donne pas ce soir, il se retrouvera demain en prison.” Et j’eus l’impression que c’était pour Cicco. Nous lui avons donc donné tout ce que nous avions sur nous, j’avais justement 300 000 lires, puis un bienfaiteur lui a offert à peu près le reste de la somme pour effacer sa dette. Et Natuzza nous a dit: “C’est pour ça que je vous envoie quêter, Mela. Vous, vous avez la chance d’être aisée et les gens aiment bien vous donner de l’argent pour être charitable envers autrui, ils ne vous regardent pas de haut et ils savent que vous ne quêtez pas pour vos affaires personnelles.” Voilà pourquoi, lorsqu’il y avait des situations urgentes ou complexes où l’argent était nécessaire, Natuzza me convoquait.
Je crois que tous les enfants spirituels de Natuzza et même des personnes qui ne l’ont rencontrée qu’une seule fois, ont eu le signe de sa présence par la bilocation. Un jour, alors que je lisais une lettre en français aux termes très compliqués qui auraient nécessité un dictionnaire même pour ceux qui connaissaient bien cette langue, elle me l’a traduite en un instant, et voyant que j’étais stupéfaite, elle m’a expliqué que c’était “son ange gardien qui nous avait aidées”. Mais pour moi, ce genre de prodige n’a pas été ce qu’il y avait de plus grand; c’était plutôt l’amour protecteur et la sérénité incroyable qu’elle répandait constamment autour d’elle. Elle était totalement altruiste, mais restait humble, silencieuse et ne s’exhibait jamais. Il n’y a pas un jour où je ne remercie le Seigneur de m’avoir permis de vivre auprès de Natuzza durant trente ans. Elle a été un modèle exceptionnel, une maman et une enseignante hors pair, dont l’enseignement était l’amour. Les derniers temps, elle sentait que j’étais triste, et peut-être devinait-elle que je pensais au moment où elle allait aller au ciel, et elle, en souriant me disait: “Ne t’inquiète pas, je vais faire plus de bruit morte que vivante.” Et je suis sûre que cela se passe ainsi car je la sens continuellement à mes côtés.»