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Fatima: 100 ans!

L’environnement global

par Bernard Balayn de l’Apostolat Mondial de Fatima

Avec les premières apparitions précises1, celles d’un ange, au printemps 1916, nous voici parvenus en ce début de 2016, à l’orée des apparitions mariales de 1917. Nous estimons avoir suffisamment préparé nos lecteurs à cet événement pour que nous n’y revenions pas en détail. C’est pourquoi nous laisserons plutôt parler les textes, ceux de la seule protagoniste autorisée, vraie et crédible étant l’unique survivante des trois voyants: Lucie dos Santos, avec ses «Mémoires et documents», le cœur de ses relations écrites. Auparavant, il convient de replacer le Portugal dans le contexte de l’époque.

Le monde en 1916: la tentation de l’internationalisme
Ironie de l’Histoire qui peut jouer avec la chronologie, car, en vérité, l’histoire du XIXe siècle s’achève de fait en l’année 19142, et le XXe débute en 1918, avec la Paix de Versailles3. Pour marquer l’importance de ce tournant, et qu’Il est le Maître du temps et de l’espace, Dieu choisit d’intervenir en son centre: 1916.
De quel monde s’agit-il et que s’y produit-il de grave pour que la Trinité et Marie y interviennent, avec la puissance que l’on sait? L’histoire et la spiritualité du moment peuvent nous répondre. En effet, jusqu’ici, la plupart des apparitions mariales s’étaient produites chez la Fille aînée de l’Eglise, dont: Le Laus (1716-1816), Rue du Bac (1830), La Salette (1846), Pontmain (1870)… Fatima, avec ses apparitions à résonance pour la première fois universelle, montre que Dieu s’insère mieux que les hommes dans l’univers créé par Lui. On assiste en effet à un «élargissement» du monde, même si beaucoup de territoires sont sans liberté, une sorte de première «mondialisation». C’est le conflit de «14-18» qui a vu l’internationalisation des soldats, le brassage des cultures, les premières grandes conférences internationales, l’essor du féminisme, etc. Et si la Vierge vient au nom de Dieu en Europe, c’est parce que celle-ci tient encore les rênes du monde et demeure la Fille «cadette» du christianisme.
Depuis 2000 ans, après la chute des empires polythéistes d’Egypte et de Mésopotamie, ce sont les descendants des civilisés grecs puis latins, et des barbares peu à peu amadoués par ces derniers, qui ont construit les grandes nations européennes, lesquelles n’ont cessé de s’affronter jusqu’en 1914, malgré leur héritage chrétien monothéiste, commun et séculaire. De sorte qu’à cette date, les autres continents sont sous leur férule depuis la vague de colonisation commencée au XVIe siècle. Domination spirituelle4, culturelle, politique et économique surtout. De sorte que sur quelque 70 nations5, moins de cinq pays – européens – dits industriels, dominent en réalité l’humanité (Angleterre, Allemagne, France, Italie), qui, avec l’Espagne et la Belgique, étendent leur domination coloniale, tacite ou réelle, sur les 3/4 de la terre, qu’on appellera plus tard les Tiers (Amérique Latine, Afrique, Asie, Océanie). La population terrestre n’est alors «que» d’un milliard d’âmes (7 en 2016).

Le drame de la division européenne
Forte de son ancienneté historique et donc de son expérience civilisatrice, du devoir d’exemple sacré qu’imposait sa grâce d’être l’héritière privilégiée de la vraie foi catholique, de sa position géopolitique de se trouver au centre des terres émergées, la «Mère» Europe n’a pas su élaborer une cohésion continentale, sa cohérence étatique, son unité religieuse et culturelle qui auraient fait sa véritable force. Non! Elle s’est dépensée et amoindrie de siècle en siècle par des querelles intestines (ex. les guerres féodales, de religions), des luttes fratricides (révoltes, révolutions), des rivalités et ambitions nationalistes farouches (guerre de Cent Ans, de Trente Ans, etc.), soit en luttes particulières, soit au sein d’alliances mortelles (empires contre empires)… La Papauté elle-même, mal dégagée des puissances temporelles, ayant difficulté à dominer au nom de l’Evangile, ses fils si turbulents.
L’année 1914 voit le point culminant de ces hostilités récurrentes et grandissantes, dont l’ambition et l’appétit économique sont les moteurs principaux. Elles se tétanisent dans ce que l’on a proprement appelé la «Grande Guerre», opposant une dizaine d’agresseurs6 à quelque 30 Alliés (défenseurs)7, avec leurs domaines coloniaux sous-jacents, sous les yeux des «Neutres» (le reste du monde). C’est la plus grande guerre jamais vue, justifiant son nom, la plus dévoreuse d’hommes: des millions de soldats de toutes origines sous leurs drapeaux, la plus meurtrière: 10 millions de tués, 20 millions de blessés, avec leur cortège de misères humaines (veuves, orphelins) et matérielles incalculables (destructions en tous genres).
Les trois premières années, surtout 1916, sont très meurtrières (la Marne, Verdun, la Somme); le conflit s’enlise; c’est alors que le pape régnant, Benoît XV (1914-22) tente une médiation diplomatique, avec le nouvel héritier austro-hongrois l’empereur (futur bienheureux) Charles Ier. En vain, apparemment. En fait de médiation, celle qui réussit, la plus importante, la seule nécessaire, est celle que le Pape adresse à la Reine de la Paix, par le truchement des enfants, symboles d’innocence, le 5 mai 1917; moins de quinze jours après, Notre-Dame de la Paix répond, apparaissant à trois de ces enfants de la chrétienté, des jeunes portugais, dans un vallon sauvage d’Estrémadure, nommé providentiellement Cova da Iria, ce qui signifie «Vallon de la Paix». Là, elle viendra poser les vraies conditions de cette paix, qui doivent être avant tout spirituelles: tout simplement, mais réellement, refuser le Mal.
Car cette guerre était terrible par un de ses visages inattendus: l’un des Alliés, la sainte Russie, dirigée par le tsar Nicolas II, cessa son aide en quittant la guerre en novembre8 1917. Pourquoi? Parce que, sous le conflit matériel de «surface», émergeait au grand jour une attaque de fond, devenue frontale, celle de l’antithéisme, la lutte ouverte contre Dieu, appelée marxisme, et, à tort, athéisme9. A cette date, la Révolution bolchevique de Lénine, à Saint Pétersbourg, cache en effet l’ambition de conquérir et de dresser contre Dieu toute la terre. C’est pour cela que Marie anticipe et vient à Fatima un mois avant, à la mi-octobre 1917. Elle vient pour la paix des hommes et pour rétablir les droits de son Fils outragé par les hommes renégats. Ceci est si évident et vrai que la première prière, et ses premiers mots, dans la bouche de l’Ange précurseur, seront la tentative de réajuster l’homme et ses devoirs envers la Trinité: «Mon Dieu, je crois, j’adore…»
Telle est la raison d’être, prioritaire, de la très forte intervention trinitaire à Fatima, par Marie, Mère, Fille, Epouse de Dieu en ses Trois Personnes. Prioritaire à cause de son péril planétaire.
Mais ce n’est pas la seule.

Le Portugal en proie, lui aussi, à l’antithéisme
Aux antipodes européens de l’immense Russie devenant URSS, voici que le petit Portugal, nation éminemment chrétienne et mariale («Terre de Sainte Marie»), connaît lui aussi, depuis sept ans déjà, les affres d’une révolution antichrétienne, comme elle éclatera en Russie, puis au Mexique dans les années 20. Ici, c’est la dictature sanglante de la franc-maçonnerie, qui prend le pouvoir en octobre10 1910, visant à anéantir la foi. Les petits bergers de Fatima en feront eux-mêmes l’amère expérience, ainsi que le peuple, jusque vers 1930. Mais la Vierge a promis son triomphe sur toutes les puissances adverses, fanfaronnes, mais éphémères. On le voit, tout se tient: quel que soit le pays, le «Caméléon» (Satan) est toujours derrière les révolutions antichrétiennes, qu’elles soient violentes ou rampantes.
Marie apparaît bien au Portugal, pas en URSS, à la jonction des deux révolutions: c’est la raison concomitante. Parce que ce pays était toujours resté fidèle, non seulement à la Vierge, mais à toutes les vérités de la foi catholique, ainsi qu’à l’obéissance au Vicaire du Christ. Fidélité papale qui en fera le sceau de Fatima. La Russie, même si elle est restée une terre profondément mariale, n’en est pas moins devenue schismatique11 et en partie hérétique après le schisme byzantin de 1054. C’est pourquoi le pape Benoît XV dira qu’en raison de sa fidélité exemplaire, le Portugal «méritait un secours spécial de la Mère de Dieu».
On en a un premier exem­ple par le destin différent des deux familles régnantes des deux pays incriminés. Celle du tsar a été complètement abattue, mais au Portugal, la reine Marie-Amélie (d’origine française) a été épargnée par le ciel. Elle était très chrétienne et très méritante12. Malgré ses vertus, sa foi et ses prières, elle n’a pu renverser le cours humain des choses. Seule une autre femme pouvait le faire: la nouvelle «Esther». Car c’est bien Elle, la 13e Etoile13, la Figure du triomphe universel promis en juillet 1917, sur les forces du Mal.
La Mère de miséricorde apporte un inestimable présent: la Paix, paix des armes et des âmes. Cette double paix est conditionnée par une nécessité: le retour à la foi; c’est ce préalable qu’Elle vient demander.

Bernard Balayn

Notes:
1. En fait, dès 1915, les bergers ont aperçu, du début à la fin de l’année, par trois fois, des formes indistinctes au-dessus des arbres sans pouvoir mieux distinguer de qui il s’agissait. 1916 va confirmer les faits.
2. La Guerre de 1914 est le dernier grand conflit de type ancien: nations contre nations, avec armements classiques.
3. Tout comme le XIXe s. avait débuté après la défaite napoléonienne et les guerres révolutionnaires (1792-1815).
4. Même si depuis le XVIe s. le catholicisme s’est fragmenté – et donc affaibli - par l’émergence des religions protestantes, ajoutées aux cultes orthodoxes de l’Europe orientales depuis 1054.
5. Sur près de 200 aujourd’hui.
6. Dont surtout les Empires centraux: Allemagne et Autriche-Hongrie.
7. Tels: France, Angleterre, Russie, Belgique, Japon..., et, plus tard, l’Italie, les U.S.A. (1917)…
8. Selon le calendrier julien encore en usage en Russie.
9. L’athéisme est privation de Dieu, auquel on ne croit pas; l’antithéisme est lutte contre un Dieu à Qui on croit: on ne peut combattre que ce qui existe.
10. Octobre, mois du Rosaire, qui appartient à Marie. La Vierge ne permet pas que lui soit arrachée la symbolique de son mois par les antichrétiens, que ce soit à Lépante (octobre 1571, «octobre» 1917 en Russie; octobre 1910 au Portugal…
11. La «troisième» Rome!
12. V. notre article du n°516 (nov. 2014), pp. 14-15.
13. Cf. Jn, Ap 12,1. Sa tête est environnée de 12 étoiles (les 12 prophètes, les 12 tribus, les 12 apôtres = les racines de l’Eglise). Elle est la 13e, la Mère du Christ et de l’Eglise.
 

Photo: Le cimetière du Linge dans le Haut-Rhin

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