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Nous n’étions pas du tout préparés à cette violence

La Syrie à feu et à sang

Entretien de Jean Claude Antakli avec Monseigneur Mardionosos Antoine Chahada, Archevêque de l’Eglise Syriaque Catholique d’Alep, alors que la Syrie est à feu et à sang.

Au cœur d’Alep, dans le quartier chrétien, se dressent l’imposante Cathédrale Syriaque et les bâtiments de l’Evêché où me reçoit avec une grande courtoisie Monseigneur Chahada.
Né à Alep en 1946, il vient de célébrer ses quarante ans de sacerdoce et son parcours témoigne de la richesse de sa vie en Eglise, au Proche Orient, en Europe et en Amérique Latine…

JCA: En 1982 avec Mariette à Alep et Myrna à Damas, des phénomènes inexplicables se sont produits en Syrie. En avez-vous eu connaissance?
Mgr AC: Oui bien sûr.
JCA: L’unification des Eglises semblait au cœur même des prières de la Vierge. Où en sommes-nous aujourd’hui?
Mgr A.C: On s’adresse toujours aux Eglises Catholiques pour solutionner ce problème! Mais il faudrait poser la question aux représentants de l’Eglise Orthodoxe.
Je n’éluderai pas pour autant votre question. De mes dix années à Alep, au cours desquelles nous avons pratiqué la politique des mains tendues, de l’écoute, il ressort que l’Eglise Orthodoxe campe sur ses positions, à savoir que nous, les Catholiques, sommes à l’écart de la Vérité historique du christianisme, que lorsque Jésus a bâti son Eglise, elle était «Une» et que nous sommes responsables de sa division.
Si nous ne changeons pas nos cœurs, aucune réconciliation ne sera possible, je le crains.
L’Eglise Orthodoxe a toujours été absente de nos débats et de nos tentatives de dialogue.
Chaque année, la Semaine de l’Unité est l’occasion de prier ensemble, dans toutes les Eglises d’Alep. C’est un rituel auquel adhèrent tous les fidèles et il faut voir la ferveur qu’ils expriment à nous voir unis dans la prière. Il faut voir quand nos calendriers liturgiques correspondent, la joie de la Pâque fêtée ensemble!
Je suis très pessimiste sur le comportement des hiérarchies, car il y a un fossé entre ce qui est dit et la réalité du terrain.
Je dis solennellement, et cela m’engage, que les dignitaires orthodoxes qui affirment en Europe travailler à l’unité en Orient, ne sont pas crédibles.
JCA: Et pourtant je suis frappé et heureux de constater qu’en Syrie, les fidèles des différentes Communautés ont aboli les barrières. Dans la population chrétienne, l’inter communautarisme est constant: Catholiques et Orthodoxes se marient ensemble, pratiquent dans les mêmes lieux selon les commodités, animent des mouvements, des associations caritatives ou ludiques, des chorales, indistinctement.
Mgr AC: Oui, dans les cœurs simples, l’unité est appelée ardemment et réalisée concrètement sur le terrain, comme vous venez de le souligner. Mais au niveau hiérarchique, on peut parler de «Pharisianisme!»
Bien que l’on ait d’un commun accord décidé une réunion mensuelle de tous les Evêques chrétiens d’Alep, l’absentéisme est fréquent du côté des Orthodoxes, ce qui hypothèque les rapprochements possibles et les décisions concertées.
JCA: La déchristianisation de la France et de l’Europe est préoccupante. Sentez-vous venir cela en Syrie, surtout en ces temps si difficiles?
Mgr AC: Dans les familles très souvent nombreuses et chrétiennes, il était courant de trouver un prêtre ou une religieuse, voire plusieurs parfois. C’est de moins en moins fréquent, cela est vrai aujourd’hui.
L’imprégnation chrétienne était telle, que toute la famille pratiquait et mettait en pratique sa foi. Prêtres et fidèles vivaient en symbiose et la liturgie accompagnait chaque acte de nos vies, de l’arrière-grand-mère à l’arrière-petit-fils.
La foi très profonde, très ancrée, se vivait, se pratiquait, s’exprimait, se manifestait et s’extériorisait, et donc se ranimait si besoin…
Vous vous souvenez des liturgies de l’Avent, du Carême, de la Semaine Sainte, des célébrations en l’honneur de la Très Sainte Vierge, de l’Esprit Saint, du Christ Roi, de tous ces Temps forts que nous préparions, Evêques, prêtres, curés des paroisses, scouts, laïcs, fidèles, catéchistes, et qui perpétuaient nos traditions.
Aujourd’hui l’irruption des problèmes mondiaux par internet, perturbe le quotidien, surtout au niveau des jeunes. Ce que nous gérions entre nous (chômage, travail, débouchés) prend un aspect universel et notre inquiétude est démultipliée par la vôtre.
Les problèmes du «Printemps arabe» ont un impact brutal sur nos jeunes, et nous sommes un pays très jeune (70 % de la population a moins de 20 ans).
Nous n’étions pas du tout préparés à cette violence, notre pays était en paix, notre sécurité enviée par beaucoup d’Européens, et nous aspirions à nous développer harmonieusement.
Nous n’avions aucune dette et un taux de croissance de 6% par an, la Syrie avait même accueilli près d’un million et demi de réfugiés Irakiens, en majorité des Chaldéens (une des plus anciennes Communautés chrétiennes de la Mésopotamie).
Que souhaiter de mieux me direz-vous? La contagion a été brutale; irréfléchie, non maîtrisée. Les jeunes sont toujours les premiers à réagir avec immaturité et parfois naïveté.
JCA: En Europe, on compare souvent, la Libye et la Syrie, ce qui revient à une méconnaissance fondamentale de «La Civilisation proche-Orientale.» Nos anciens disaient que nous étions en Syrie, assis sur «8000 ans d’histoire». Cette grande tradition culturelle, religieuse est étouffée de nos jours. A quoi cela tient-il?
Mgr AC: Nous avons bénéficié ici de l’extraordinaire apport des missionnaires occidentaux qui ont ouvert des écoles prestigieuses au Liban et en Syrie.
Chrétiens et musulmans étaient nourris aux mêmes sources. Le départ des Communautés éducatives après la nationalisation de nos écoles a été un arrêt dans l’épanouissement de nos jeunes. Le niveau intellectuel a baissé, nous ne sommes plus compétitifs avec le Liban et à fortiori avec les Universités Occidentales.
Le manque de savoir, de connaissances, et le sentiment d’insatisfaction qui en résulte, peuvent conduire à tous les excès, à tous les débordements, et jusqu’au fanatisme que nous subissons aujourd’hui.
A suivre…
Jean Claude Antakli

 

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